Guide pratique 21 février 2026 · 15 min de lecture

Psychologue libéral et réseaux de soin : CPTS, maisons de santé, MonSoutienPsy

CPTS, maisons de santé pluriprofessionnelles, MonSoutienPsy : quels réseaux de soin coordonnés pour un psychologue libéral ? Avantages, démarches et pièges à éviter.

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Audren

Psychologue en libéral à Quimper

Un psychologue libéral peut intégrer une CPTS, exercer en maison de santé pluriprofessionnelle et conventionner MonSoutienPsy, simultanément et sans renoncer à son activité classique. Pourtant, la grande majorité des psychologues libéraux exercent encore seuls, sans lien structuré avec le reste du parcours de soin. En 2026, avec plus de 6 200 psychologues conventionnés MonSoutienPsy [1] et des centaines de CPTS opérationnelles sur le territoire, les opportunités n’ont jamais été aussi nombreuses.

Ce guide passe en revue les trois principaux dispositifs de soin coordonné accessibles aux psychologues libéraux, avec pour chacun : ce que vous y gagnez concrètement, les démarches pour y entrer, et les limites à connaître avant de vous engager. Si vous en êtes encore aux premières étapes de votre installation, commencez par notre guide complet pour s’installer psychologue libéral.

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Panorama des réseaux de soin en 2026

Longtemps, les psychologues libéraux ont exercé en marge du système de santé coordonné. Pas de conventionnement, pas de remboursement, pas de place formelle dans les parcours de soin. Cette époque est révolue. Depuis 2022, plusieurs dispositifs ont ouvert des portes que la profession attendait depuis des années.

Trois structures méritent votre attention en 2026 :

  • Les CPTS (Communautés Professionnelles Territoriales de Santé) : coordination entre professionnels d’un territoire, sans partage de locaux.
  • Les MSP (Maisons de Santé Pluriprofessionnelles) : exercice regroupé dans un lieu commun, avec un projet de santé partagé. La France en comptait plus de 2 250 en 2023, avec un objectif de 4 000 d’ici 2027 [2].
  • MonSoutienPsy : conventionnement individuel avec l’Assurance Maladie permettant le remboursement de séances psychologiques. Plus de 6 200 psychologues conventionnés, 760 000 patients accompagnés [1].

Ces dispositifs ne sont pas exclusifs. Vous pouvez adhérer à une CPTS, exercer ponctuellement dans une MSP et être conventionné MonSoutienPsy, tout en conservant votre activité libérale classique. La question n’est pas « lequel choisir » mais « lesquels combiner selon votre situation ».

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La CPTS : se coordonner sans partager ses murs

Une CPTS regroupe les professionnels de santé d’un bassin de vie (médecins, infirmiers, kinés, psychologues, pharmaciens, etc.) autour d’un projet de santé commun. Chaque membre conserve son cabinet, sa patientèle et son indépendance. L’objectif : coordonner les prises en charge sur le territoire.

Ce que vous y gagnez

  • Adressage structuré. Les médecins généralistes de la CPTS orientent directement vers les psychologues membres. C’est un canal d’acquisition de patients qui fonctionne sans effort marketing.
  • Visibilité sur le territoire. Votre nom figure dans le répertoire de la CPTS, consulté par l’ensemble des professionnels de santé du secteur.
  • Projets de prévention rémunérés. Les CPTS portent des missions collectives (prévention, dépistage, accès aux soins) financées par l’ACI. Certaines incluent des actions en santé mentale auxquelles le psychologue contribue contre rémunération.
  • Réseau professionnel. Sortir de l’isolement du cabinet solo. Échanger avec des médecins, des infirmiers, des travailleurs sociaux enrichit la pratique clinique et facilite les orientations complexes.

Comment ça fonctionne

La CPTS est une association loi 1901. Son financement provient de l’Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI) signé avec l’Assurance Maladie. Ce financement couvre le fonctionnement (50 000 à 90 000 euros par an selon la taille) et les missions déployées [3]. En Île-de-France, 104 CPTS couvrent déjà 85 % de la population régionale [4].

CPTS ou Communautés France Santé ?

Le PLFSS 2026 prévoit la transformation progressive des CPTS en « Communautés France Santé », avec un objectif de 5 000 structures labellisées d’ici 2027 et une enveloppe de 130 millions d’euros. Le principe reste le même : coordination territoriale des professionnels de santé. Pour le psychologue libéral, rien ne change dans les modalités d’adhésion.

Les limites

La CPTS ne vous rémunère pas directement pour vos consultations. Le bénéfice est indirect : plus de patients adressés, meilleure intégration dans les parcours. Comptez aussi un investissement en temps : réunions de coordination (en général une par mois), participation aux groupes de travail, reporting. Si votre agenda est déjà plein, le retour sur investissement peut sembler faible.

Par ailleurs, la place du psychologue dans la gouvernance des CPTS reste variable. Certaines CPTS sont très « médecin-centrées » et les psychologues n’y ont qu’un rôle consultatif. Renseignez-vous sur la composition du bureau avant d’adhérer.

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La maison de santé pluriprofessionnelle : exercer sous le même toit

La MSP va plus loin que la CPTS : les professionnels partagent un lieu physique et un projet de santé commun. En 2023, la France comptait plus de 2 250 MSP, contre seulement 20 en 2008 [2]. Le gouvernement vise 4 000 structures d’ici 2027.

Ce que vous y gagnez

  • Adressage immédiat. Les médecins, infirmiers et autres professionnels exercent à quelques mètres. L’adressage se fait dans le couloir, en temps réel. C’est le canal le plus efficace pour constituer une patientèle.
  • Loyer mutualisé. La sous-location au sein d’une MSP revient souvent moins cher qu’un bail individuel, surtout dans les structures bénéficiant de financements ARS ou collectivités locales.
  • Coordination quotidienne. Staffs pluridisciplinaires, dossiers partagés, protocoles communs : la MSP facilite le suivi des patients complexes (addictions, troubles anxio-dépressifs chroniques, psychotraumatismes).
  • Dispositif Ségur. La mesure 31 du Ségur de la santé finance le recrutement de psychologues dans les MSP et centres de santé, avec des séances sans reste à charge pour le patient [5].

Le point juridique : SISA et psychologues

La plupart des MSP sont organisées en SISA (Société Interprofessionnelle de Soins Ambulatoires). L’intégration des psychologues dans une SISA est juridiquement possible, mais pas systématique. Certaines SISA limitent leurs membres aux professions de santé remboursées par l’Assurance Maladie. Dans ce cas, la solution est un contrat de mise à disposition de locaux ou une sous-location, sans être associé de la SISA.

Concrètement, renseignez-vous sur les statuts de la SISA avant de vous engager. Demandez si d’autres psychologues y exercent déjà : c’est le meilleur indicateur de la place accordée à la profession dans la structure. Pour bien évaluer l’impact financier d’une sous-location en MSP, consultez notre article sur les revenus réels du psychologue libéral.

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MonSoutienPsy : le conventionnement avec l’Assurance Maladie

MonSoutienPsy est le premier dispositif à intégrer les psychologues dans le parcours de soin remboursé. Lancé en 2022 sous le nom MonParcoursPsy, il a été profondément remanié depuis. En 2026, le dispositif a trouvé son rythme : plus de 760 000 patients accompagnés et 3,1 millions de séances réalisées [1].

Les conditions en 2026

ParamètreDétail
Tarif par séance50 euros (pas de dépassement)
Remboursement60 % Assurance Maladie + 40 % complémentaire
Séances par patient/an12 séances (contre 8 au lancement)
Adressage médecinPlus obligatoire depuis janvier 2025 [6]
Public cibleTroubles d’intensité légère à modérée (anxiété, dépression, burn-out)
Profil des patients70 % de femmes, 49 % de moins de 35 ans [1]

Les avantages concrets

  • Remplissage d’agenda. MonSoutienPsy apporte des patients qui n’auraient pas consulté à tarif libre. C’est particulièrement utile en début d’activité ou dans les zones où le tarif moyen est élevé.
  • Visibilité sur l’annuaire Ameli. Les patients recherchent directement sur le site de l’Assurance Maladie. Être référencé, c’est un canal d’acquisition gratuit et permanent.
  • Passerelle vers le suivi libre. Après les 12 séances remboursées, certains patients poursuivent en tarif libre. Le dispositif fonctionne comme un premier contact à faible engagement financier pour le patient.

Les limites à connaître

Le tarif de 50 euros est non négociable. Si votre tarif habituel est de 65 ou 70 euros, chaque séance MonSoutienPsy représente un manque à gagner de 15 à 20 euros. À 5 séances MonSoutienPsy par semaine, c’est 75 à 100 euros de CA en moins chaque semaine, soit environ 4 000 euros par an.

La charge administrative est aussi un point de friction : déclaration des séances sur amelipro, suivi du nombre de séances par patient, respect du cadre (pas de dépassement, pas de facturation complémentaire). C’est gérable, mais cela demande de la rigueur. Un bon outil de gestion de cabinet simplifie considérablement ce suivi.

Attention au public cible

MonSoutienPsy est destiné aux troubles d’intensité légère à modérée. Les patients présentant des troubles sévères (psychose, risque suicidaire aigu, troubles de la personnalité sévères) relèvent de la psychiatrie ou du CMP. Le dispositif prévoit une évaluation par un psychiatre si les 10 premières séances ne suffisent pas. Accepter des patients hors cadre expose à un refus de prise en charge.

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Comparatif : quel dispositif pour quel profil ?

Chaque dispositif répond à un besoin différent. Le tableau ci-dessous vous aide à identifier lequel privilégier selon votre situation.

CritèreCPTSMSPMonSoutienPsy
Impact sur le CAIndirect (adressage)Indirect (adressage + loyer réduit)Direct (50 €/séance)
Temps investi1 à 2 réunions/moisCoordination quotidienneAdmin : ~30 min/semaine
Autonomie préservéeTotaleForte (cabinet propre dans la MSP)Tarif imposé
Idéal pourPsy installé, réseau faiblePsy qui s’installe ou cherche un localPsy qui remplit son agenda
Engagement minimumAdhésion associationContrat / bailConventionnement Ameli

La combinaison gagnante pour un début d'activité

Un psychologue qui s’installe a tout intérêt à cumuler MonSoutienPsy (pour remplir son agenda rapidement à 50 €/séance) et l’adhésion à la CPTS locale (pour se faire connaître des médecins du territoire). Les deux sont compatibles et se renforcent mutuellement. Quand l’agenda est plein, il suffit de réduire progressivement les créneaux MonSoutienPsy au profit du tarif libre.

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Démarches concrètes pour intégrer un réseau

Intégrer une CPTS

  1. 1Identifiez la CPTS de votre territoire. Consultez le site de votre ARS régionale ou la Fédération des CPTS.
  2. 2Contactez le coordinateur. Présentez votre pratique, vos spécialités et votre disponibilité pour les missions de la CPTS.
  3. 3Adhérez à l’association. La cotisation est généralement symbolique (quelques dizaines d’euros par an). Vous participez ensuite aux réunions et groupes de travail qui vous intéressent.

Intégrer une MSP

  1. 1Repérez les MSP proches. L’ARS publie la liste des MSP de votre région. Ciblez celles qui n’ont pas encore de psychologue.
  2. 2Vérifiez les statuts de la SISA. Demandez si les psychologues peuvent être associés ou s’il faut passer par un contrat de sous-location.
  3. 3Négociez les conditions. Loyer, jours de présence, accès aux salles communes, participation aux staffs. Formalisez tout par écrit.

Conventionner MonSoutienPsy

  1. 1Vérifiez votre éligibilité. Vous devez être inscrit au RPPS, détenir un Master 2 en psychologie et justifier d’au moins 3 ans d’expérience clinique (ou un Master avec stage clinique de 500 heures).
  2. 2Conventionnez-vous en ligne. La démarche se fait sur amelipro.ameli.fr. Comptez 2 à 4 semaines pour le traitement.
  3. 3Organisez votre facturation. Les séances MonSoutienPsy se déclarent sur amelipro. Ayez un outil de facturation adapté pour distinguer clairement les séances conventionnées des séances à tarif libre.
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Les pièges à éviter

S’engager dans trop de dispositifs à la fois

Chaque réseau demande du temps. CPTS + MSP + MonSoutienPsy, c’est trois cadres administratifs différents, trois types de réunions, trois logiques de fonctionnement. Commencez par un seul dispositif, stabilisez-le, puis élargissez. Le risque de surcharge est réel, surtout quand vous avez aussi des patients à recevoir.

Négliger l’impact financier de MonSoutienPsy

50 euros la séance, c’est correct pour un débutant, mais 15 à 20 euros en dessous du tarif moyen pour un praticien installé. Si vous consacrez la moitié de vos créneaux à MonSoutienPsy alors que votre agenda se remplit au tarif libre, vous perdez de l’argent. Réévaluez la répartition tous les trimestres.

Rejoindre une CPTS sans vérifier la place du psychologue

Toutes les CPTS ne sont pas égales. Certaines n’incluent les psychologues que sur le papier, sans mission concrète ni adressage effectif. Avant d’adhérer, demandez combien de psychologues sont déjà membres, quels projets incluent la santé mentale, et si le psychologue participe aux décisions.

Confondre exercice coordonné et perte d’indépendance

Intégrer un réseau ne signifie pas devenir salarié. Vous restez maître de votre agenda, de vos tarifs (hors MonSoutienPsy), de votre approche thérapeutique et de vos patients. La coordination est un échange, pas une subordination. Si un dispositif vous demande de modifier votre cadre clinique, c’est un signal d’alerte.

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Questions fréquentes

Un psychologue libéral peut-il intégrer une CPTS ?

Oui. Les CPTS sont ouvertes à tous les professionnels de santé du territoire, y compris les psychologues libéraux. Il suffit d’adhérer à l’association (loi 1901) qui porte la CPTS et de participer aux missions définies dans le projet de santé. Il n’y a pas de condition de conventionnement avec l’Assurance Maladie.

Combien de psychologues sont conventionnés MonSoutienPsy en 2026 ?

Plus de 6 200 psychologues sont conventionnés au dispositif MonSoutienPsy sur l’ensemble du territoire. Le nombre progresse régulièrement depuis la suppression de l’adressage obligatoire par le médecin traitant en janvier 2025, qui a simplifié l’accès au dispositif pour les patients.

Quel est le tarif d'une séance MonSoutienPsy en 2026 ?

Le tarif est fixé à 50 euros par séance, sans dépassement possible. L’Assurance Maladie prend en charge 60 % du montant, et la complémentaire santé couvre les 40 % restants. Le patient peut bénéficier de 12 séances remboursées par an.

La CPTS rémunère-t-elle directement les psychologues ?

Pas directement. Le financement ACI couvre le fonctionnement de la CPTS et ses missions collectives, pas la rémunération individuelle des membres. Le bénéfice pour le psychologue est indirect : adressage de patients, visibilité sur le territoire, participation à des projets de prévention rémunérés ponctuellement.

Quelle est la différence entre une CPTS et une maison de santé pluriprofessionnelle ?

La MSP regroupe des professionnels dans un même lieu physique avec un projet de santé commun et une structure juridique (SISA). La CPTS coordonne les professionnels d’un territoire sans partage de locaux, sous forme d’association loi 1901. Un psychologue peut appartenir aux deux simultanément.

Faut-il être conventionné pour intégrer une MSP ?

Les psychologues ne sont pas des professionnels de santé conventionnés au sens classique (sauf via MonSoutienPsy). Pour intégrer une MSP, il faut que la SISA accepte les psychologues dans ses statuts. C’est juridiquement possible mais pas systématique. Certaines MSP préfèrent la mise à disposition de locaux avec un contrat de sous-location.

MonSoutienPsy est-il compatible avec une activité libérale classique ?

Oui, totalement. Le conventionnement MonSoutienPsy est complémentaire de votre activité habituelle. Vous pouvez recevoir des patients MonSoutienPsy à 50 euros la séance et d’autres patients à votre tarif libre. Le seul engagement est de ne pas pratiquer de dépassement sur les séances MonSoutienPsy.

Sources

  1. [1] Mon soutien psy : le nombre de psychologues conventionnés progresse - Assurance Maladie, 2024. Plus de 6 200 psychologues conventionnés, 760 000 patients accompagnés
  2. [2] Plan d’action : 4 000 maisons de santé pluriprofessionnelles - Ministère de la Santé, objectif 2027
  3. [3] La rémunération forfaitaire des CPTS - Ameli.fr, financement ACI des CPTS
  4. [4] Les CPTS en Île-de-France - ARS Île-de-France, 104 CPTS couvrant 85 % de la population régionale
  5. [5] Dispositif de renforcement en psychologues dans les MSP et centres de santé - Sécurité sociale, mesure 31 du Ségur
  6. [6] Mon soutien psy : augmentation du nombre de séances remboursées - Service Public, suppression de l’adressage obligatoire et passage à 12 séances