Mon Soutien Psy : faut-il se conventionner quand on est psychologue libéral ?
50 euros la séance, accès direct, tiers payant, sélection par la CNAM : le dispositif Mon Soutien Psy a changé. Mais 93 % des psychologues le refusent toujours. Analyse des faits, des critiques et des enjeux pour votre pratique.
A
Audren
Psychologue en libéral à Quimper
Environ 93 % des psychologues libéraux refusent de se conventionner au dispositif Mon Soutien Psy. Ce chiffre, stable depuis le lancement en 2022, dit quelque chose de profond sur la relation entre la profession et ce dispositif. Il ne s’agit pas d’un manque d’information ou d’un retard d’adoption : c’est un refus massif, argumenté, porté par la plupart des organisations professionnelles.
Pourtant, le dispositif évolue. Tarif revalorisé à 50 euros, suppression de l’adressage médecin, 12 séances par an, tiers payant généralisé en octobre 2026. Plus de 6 700 psychologues ont franchi le pas. Les arguments des deux côtés méritent d’être posés à plat, sans prosélytisme ni dénigrement. Cet article n’a pas vocation à vous dire quoi faire. Il rassemble les faits, les critiques et les enjeux pour que vous puissiez décider en connaissance de cause.
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Le dispositif en 2026 : ce qui a changé
Mon Soutien Psy a changé de nom trois fois depuis sa création (MonParcoursPsy, MonPsy, Mon Soutien Psy). Mais au-delà de la sémantique, le dispositif de 2026 n’est plus celui de 2022. Voici les évolutions factuelles.
Paramètre
2022 (lancement)
2026 (actuel)
Tarif par séance
30 euros (suivi), 40 euros (évaluation)
50 euros (toutes séances)
Nombre de séances/an
8
12 (1 évaluation + 11 suivi)
Adressage médecin
Obligatoire
Supprimé (accès direct)
Tiers payant
Non
Généralisé au 1er oct. 2026 (LFSS 2026)
Sélection des psychologues
Ministre de la Santé
Médecin-conseil national CNAM (décret 2026-163)
Psychologues conventionnés
~600
~6 700
La trajectoire est claire : le dispositif se renforce, s’intègre davantage dans le système de l’Assurance Maladie et ne montre aucun signe de recul. La LFSS 2026 prévoit aussi une fusion avec le dispositif Santé Psy Étudiant [1]. C’est précisément cette trajectoire qui cristallise les oppositions.
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Les chiffres, sans filtre
Il y a environ 90 000 psychologues inscrits au RPPS en France, dont 30 000 exercent en libéral ou en exercice mixte [2]. Sur ces 30 000 libéraux, environ 6 700 ont signé une convention avec l’Assurance Maladie [3].
Indicateur
Valeur
Psychologues inscrits au RPPS
~90 000
Dont libéraux ou mixtes
~30 000
Conventionnés Mon Soutien Psy
~6 700 (mars 2026)
Taux de conventionnement (sur libéraux)
~22 %
Taux de conventionnement (sur tous les psy)
~7,5 %
Patients accompagnés depuis 2022
~760 000
Tarif moyen en exercice libre (hors dispositif)
~61 euros
Le nombre de conventionnés progresse (600 en 2022, 3 550 en octobre 2024, 6 700 en mars 2026). Mais rapporté à l’ensemble de la profession, le taux reste faible. Quand les pouvoirs publics parlent de « succès », ils mesurent le nombre de patients accompagnés. Quand la profession parle de « rejet », elle mesure le taux d’adhésion des praticiens. Les deux ont raison sur leurs propres critères.
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L’enjeu central : l’autonomie de la profession
Le tarif à 50 euros est le sujet qui occupe les discussions en surface. Mais le vrai point de friction est ailleurs. Avant Mon Soutien Psy, les psychologues libéraux avaient un statut singulier dans le paysage de santé français : profession réglementée (titre protégé depuis 1985), mais non conventionnée avec l’Assurance Maladie. Libre de fixer ses tarifs, de choisir ses méthodes, de définir la durée et la fréquence de ses prises en charge, sans rendre de comptes au système de soins coordonnés.
Le conventionnement Mon Soutien Psy modifie cette position. Plusieurs organisations professionnelles considèrent qu’il fait basculer, de facto, les psychologues conventionnés dans le champ paramédical.
Ce que disent les organisations opposées
Le Syndicat National des Psychologues (SNP), qui représente une part importante de la profession, qualifie le dispositif de « paramédicalisation qui ne se cache plus » [4]. Le collectif Manifestepsy dénonce une « mise sous tutelle médicale » de la profession [5]. Sur Cairn.info, une analyse publiée dans la revue Empan parle d’« entreprise forcée de paramédicalisation des psychologues » [6].
Leurs arguments portent sur plusieurs points concrets.
•Le tarif imposé. Le psychologue conventionné ne fixe plus librement le prix de ses séances Mon Soutien Psy. Le tarif de 50 euros est non négociable, sans possibilité de dépassement. C’est le principe même du conventionnement, mais c’est aussi une rupture avec l’exercice libre que les psychologues pratiquaient jusqu’ici.
•La sélection par la CNAM. Le décret 2026-163 du 4 mars 2026 a transféré la compétence de sélection des psychologues du ministre de la Santé au médecin-conseil national de la CNAM [7]. Pour les opposants, c’est une étape supplémentaire vers l’intégration dans le système de soins piloté par l’Assurance Maladie.
•Le cadre clinique contraint. Le dispositif est limité aux troubles légers à modérés, avec un plafond de 12 séances par an. Le psychologue conventionné accepte de travailler dans un cadre défini par l’Assurance Maladie, pas par son jugement clinique.
•L’inscription au fichier national. Les psychologues conventionnés sont inscrits dans un fichier de « professionnels de santé » de l’Assurance Maladie. Certains syndicats y voient un glissement de statut, les psychologues n’étant historiquement pas des « professionnels de santé » au sens du Code de la santé publique.
Un débat qui dépasse la question financière
La question n’est pas seulement « est-ce que 50 euros, c’est assez ? ». Elle est : « est-ce que le conventionnement modifie la nature même de l’exercice du psychologue libéral ? ». C’est ce point qui explique l’intensité du refus. Réduire l’opposition à une question de tarif, c’est passer à côté de l’essentiel du débat.
Ce que disent les organisations favorables
La FFPP (Fédération Française des Psychologues et de Psychologie) adopte une posture qu’elle qualifie de « critique, argumentée et éclairée ». Elle considère que la participation au dispositif a permis de rouvrir les discussions avec les pouvoirs publics et d’obtenir des améliorations concrètes (revalorisation du tarif, suppression de l’adressage) [8].
Ce positionnement a créé une fracture visible au sein de la profession, avec des échanges publics virulents entre le SNP et la FFPP. Chaque praticien se fait son propre avis, souvent en dehors de ces querelles d’organisations.
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Le calcul financier
Le tarif moyen d’une séance en exercice libre est d’environ 61 euros en France [9]. Dans les grandes villes, il monte à 65-80 euros. En zone rurale, il tourne autour de 50-60 euros. Le tarif Mon Soutien Psy est fixé à 50 euros, sans dépassement possible.
Concrètement, chaque séance réalisée dans le cadre du dispositif représente un manque à gagner par rapport au tarif libre. Ou un gain, si votre tarif libre est inférieur à 50 euros, ou si le créneau serait resté vide.
Simulations selon le nombre de créneaux
Prenons un tarif libre de 65 euros (médiane en milieu urbain) et 46 semaines travaillées par an.
Créneaux MSP/semaine
Manque à gagner/semaine
Manque à gagner/an
2 séances
30 euros
1 380 euros
5 séances
75 euros
3 450 euros
10 séances
150 euros
6 900 euros
Ce calcul suppose que les créneaux MSP auraient été remplis au tarif libre. Si votre agenda n’est pas plein, le raisonnement change : un créneau MSP à 50 euros vaut mieux qu’un créneau vide à 0 euro. C’est d’ailleurs l’un des arguments avancés par les psychologues en début d’activité qui choisissent de se conventionner.
Mon Soutien Psy est conçu pour les troubles d’intensité légère à modérée : anxiété, épisodes dépressifs légers, troubles du sommeil, difficultés relationnelles, souffrance au travail. Le dispositif prévoit une évaluation initiale et jusqu’à 11 séances de suivi par an.
Ce cadre pose plusieurs questions cliniques.
•12 séances par an, est-ce suffisant ? Pour un trouble anxieux léger, 12 séances peuvent suffire. Pour un suivi psychothérapeutique au long cours, c’est insuffisant. Le dispositif ne couvre pas les psychothérapies longues, ce qui exclut une grande partie de la pratique clinique des psychologues.
•La frontière léger/modéré est floue. En pratique, la séparation entre trouble léger et trouble sévère n’est pas toujours nette à la première séance. Un patient qui se présente pour de l’anxiété légère peut révéler un trauma complexe. Le psychologue conventionné se retrouve alors dans un cadre qui ne correspond plus au patient qu’il a en face de lui.
•L’orientation vers la psychiatrie. Le dispositif prévoit une orientation vers un psychiatre si les premières séances ne suffisent pas. En théorie, c’est cohérent. En pratique, les délais d’attente en psychiatrie (souvent 6 mois ou plus) rendent cette orientation difficilement opérante.
Patients hors cadre = risque de refus de prise en charge
Si vous acceptez un patient dont le profil ne correspond pas aux critères du dispositif (troubles sévères, psychose, risque suicidaire aigu), l’Assurance Maladie peut refuser la prise en charge. Soyez rigoureux sur l’évaluation initiale.
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Les arguments de ceux qui se conventionnent
Malgré le rejet majoritaire, plus de 6 700 psychologues ont fait le choix du conventionnement. Leurs raisons sont concrètes.
•Remplissage de l’agenda en début d’activité. Quand on s’installe, l’agenda est souvent vide pendant plusieurs mois. Mon Soutien Psy apporte des patients qui n’auraient pas consulté à tarif libre. À 50 euros le créneau, c’est toujours mieux qu’un créneau vide.
•Accès à une patientèle élargie. Le dispositif touche des personnes qui ne consulteraient pas sans remboursement. Pour certains psychologues, c’est un argument en faveur de l’accès aux soins psychologiques.
•Compatibilité avec l’activité libre. Le conventionnement ne couvre que les séances réalisées dans le cadre du dispositif. Le reste de l’activité reste à tarif libre. Il est possible de réserver quelques créneaux à Mon Soutien Psy et d’ajuster progressivement.
•Visibilité sur l’annuaire officiel. Les psychologues conventionnés apparaissent sur l’annuaire Mon Soutien Psy de l’Assurance Maladie, qui est consulté par les patients cherchant un psychologue remboursé. C’est un canal d’acquisition supplémentaire.
Ces arguments ne font pas disparaitre les critiques structurelles sur l’autonomie de la profession. Ils expliquent pourquoi, dans certaines situations concrètes, des confrères font ce choix. Si vous cherchez d’autres leviers pour développer votre patientèle sans passer par le conventionnement, notre guide pour trouver des patients détaille les stratégies gratuites et progressives.
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En pratique : démarches et organisation
Si, après avoir pesé les arguments, vous décidez de vous conventionner, voici les étapes concrètes. Si vous décidez de ne pas le faire, cette section vous permettra au moins de comprendre ce que vivent vos confrères conventionnés.
Conditions requises
•Être inscrit au RPPS (Répertoire Partagé des Professionnels de Santé)
•Détenir un master en psychologie
•Justifier de 3 ans d’expérience en psychologie clinique ou psychopathologie (ETP)
Procédure de conventionnement
1Remplir le formulaire en ligne sur demarches-simplifiees.fr (pas d’envoi papier)
2Joindre les pièces justificatives (diplôme, attestation d’inscription RPPS, justificatifs d’expérience)
3Le dossier est examiné par la CPAM de votre département
4Si accepté, signature de la convention et accès aux services amelipro (déclaration des séances, consultation des droits patients)
Organisation au quotidien
Les psychologues conventionnés qui combinent activité libre et Mon Soutien Psy adoptent généralement une organisation par créneaux : quelques demi-journées dédiées au dispositif, le reste en activité libre. Cela évite la confusion administrative et permet de distinguer clairement les deux flux de patients.
Conseil pratique
Si vous testez le dispositif, commencez par 2-3 créneaux par semaine. Vous pourrez ajuster à la hausse ou à la baisse selon votre expérience. Le conventionnement n’impose pas de volume minimum de séances.
Les séances se déclarent sur amelipro. Vous aurez besoin d’un outil de facturation capable de distinguer les séances conventionnées des séances à tarif libre.
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Questions fréquentes
Combien de psychologues sont conventionnés Mon Soutien Psy en 2026 ?
Plus de 6 700 psychologues ont signé une convention avec l’Assurance Maladie, sur environ 30 000 psychologues exerçant en libéral en France. Cela représente environ 22 % des libéraux et moins de 8 % de l’ensemble de la profession (90 000 psychologues toutes modalités confondues). Le taux de refus reste massif depuis le lancement du dispositif en 2022.
Quel est le tarif d'une séance Mon Soutien Psy en 2026 ?
Le tarif est fixé à 50 euros par séance (évaluation et suivi), sans possibilité de dépassement. Le patient est remboursé à 60 % par l’Assurance Maladie et 40 % par sa complémentaire. À partir du 1er octobre 2026, le tiers payant sera généralisé : le patient ne paiera plus rien directement.
Faut-il encore passer par le médecin traitant pour Mon Soutien Psy ?
Non, depuis juin 2024, l’adressage par un médecin n’est plus nécessaire. Les patients peuvent consulter directement un psychologue conventionné et bénéficier du remboursement. Cette suppression a été un des changements majeurs du dispositif.
Mon Soutien Psy rend-il les psychologues paramédicaux ?
C’est le point central du débat. Les syndicats (SNP, Manifestepsy) considèrent que le conventionnement fait basculer de facto les psychologues dans le champ paramédical, sous l’autorité de l’Assurance Maladie. Le décret du 4 mars 2026 a renforcé cette lecture en confiant la sélection des psychologues au médecin-conseil de la CNAM. D’autres organisations estiment que la participation au dispositif n’altère pas l’autonomie clinique.
Peut-on se conventionner et garder une activité à tarif libre ?
Oui, les deux sont compatibles. Vous pouvez recevoir certains patients au tarif conventionné de 50 euros et d’autres à votre tarif habituel. Le conventionnement ne couvre que les séances réalisées dans le cadre du dispositif. Beaucoup de psychologues conventionnés réservent quelques créneaux à Mon Soutien Psy et maintiennent le reste de leur activité à tarif libre.
Quelles sont les conditions pour se conventionner ?
Il faut être inscrit au RPPS, détenir un master en psychologie et justifier de 3 ans d’expérience en psychologie clinique ou psychopathologie (équivalent temps plein). La candidature se fait en ligne sur demarches-simplifiees.fr, puis le dossier est examiné par la CPAM de votre département.
Quels patients relèvent de Mon Soutien Psy ?
Le dispositif est destiné aux personnes de plus de 3 ans présentant des troubles d’intensité légère à modérée (anxiété, dépression légère, troubles du sommeil). Les troubles sévères (psychose, risque suicidaire aigu, troubles de la personnalité sévères) relèvent de la psychiatrie ou du CMP et ne sont pas couverts par le dispositif.
Mon Soutien Psy va-t-il disparaître ou évoluer ?
Le dispositif ne montre pas de signe de disparition. Au contraire, la LFSS 2026 prévoit la généralisation du tiers payant au 1er octobre 2026 et une fusion avec le dispositif Santé Psy Étudiant est envisagée. Le récent décret 2026-163 renforce le cadre en confiant la sélection au médecin-conseil de la CNAM.